Élection
Élection générale de 2024 au Mozambique
October 9, 2024
Les Mozambicains ont voté le 9 octobre 2024 pour élire le président, l’Assembleia da República de 250 sièges ainsi que dix assemblées provinciales et gouverneurs. La Commission électorale nationale a annoncé le 24 octobre que Daniel Chapo, de FRELIMO, avait obtenu 70,67 % des voix et que son parti détenait 195 sièges parlementaires ; deux mois plus tard, le Conseil constitutionnel a partiellement annulé cette délibération, recalculé le décompte à partir des procès-verbaux des bureaux de vote et proclamé Chapo élu avec 65,17 % et FRELIMO avec 171 sièges. Le Conseil a estimé que les chiffres avaient été gonflés lors de la consolidation au niveau des districts, mais a refusé d’ordonner un recomptage et a jugé que les irrégularités n’avaient pas influencé de manière substantielle le résultat. Le résultat a été rejeté par tous les partis d’opposition, et les manifestations qui ont suivi ont été réprimées à balles réelles : la mission d’observation de l’UE fait état de plus de 300 morts, en s’appuyant sur un décompte tenu par l’organisation de la société civile Plataforma Decide, et International IDEA en recense plus de 350 à la fin de février 2025. La crise a été close politiquement plutôt que judiciairement, par un engagement de dialogue national signé avec huit partis d’opposition en mars 2025 et transmis au parlement sous forme de projet de loi en avril suivant.
Résultats officiels
Ce tableau ne porte que sur l’élection présidentielle. Les pourcentages sont calculés sur 6 777 113 suffrages valides ; 205 601 bulletins supplémentaires ont été déclarés nuls et 255 313 étaient blancs, et 7 238 027 des 17 169 239 électeurs inscrits ont participé. Les électeurs ont déposé trois bulletins le même jour : lors de l’élection simultanée à l’Assembleia da República, le Conseil a attribué 171 des 250 sièges à FRELIMO, 43 à PODEMOS, 28 à RENAMO et 8 à MDM, et il a publié des totaux de sièges plutôt que des parts de voix pour ce scrutin. FRELIMO a également remporté les dix gouvernorats provinciaux et 624 des 867 sièges des assemblées provinciales. Tous les chiffres ici proviennent de la décision du 22 décembre, annoncée par le Conseil le 23 décembre, et remplacent les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale le 24 octobre, qui donnaient à Chapo 70,67 % sur 6 961 925 suffrages valides et à FRELIMO 195 sièges.
- Daniel Chapo65,2%4 416 306
FRELIMO. Le décompte provisoire de la commission lui avait attribué 70,67 %.
- Venâncio Mondlane24,2%1 639 333
Indépendant, soutenu par PODEMOS. Le décompte provisoire lui avait attribué 20,32 %.
- Ossufo Momade6,6%448 738
RENAMO. Le décompte provisoire lui avait attribué 5,81 %.
- Lutero Simango4%272 736
MDM. Le décompte provisoire lui avait attribué 3,21 %.
Le registre d’intégrité
Ce que les preuves établissent, et ce qu’elles n’établissent pas — côte à côte, chaque constat étant sourcé et classé.
Ce qui est établi
- Falsification des résultatsConfirmé
Le Conseil constitutionnel a estimé que les totaux de voix à l’origine du résultat annoncé avaient été gonflés lors de la consolidation au niveau des districts, et a partiellement annulé les résultats provisoires de la commission électorale.
Plus de détails
L’Acórdão 24/CC/2024 situe l’épicentre des écarts dans le décompte intermédiaire au niveau des districts, où il indique que les données ont été gonflées, et invalide partiellement la Deliberação 105/CNE/2024 du 24 octobre, pour la partie concernant les districts qu’il énumère, dans la ville de Maputo ainsi que dans les provinces de Maputo, Gaza, Inhambane, Tete, Zambézia et Nampula ; pour Manica, Sofala, Cabo Delgado et Niassa, où le volume du contentieux ne justifiait pas la réquisition des documents, il a évalué l’élection sur la seule base des copies détenues par les partis. En recompilant les résultats à partir des procès-verbaux des bureaux de vote, le Conseil a ramené Daniel Chapo de 70,67 à 65,17 % et FRELIMO de 195 à 171 sièges sur 250, tout en portant PODEMOS de 31 à 43, RENAMO de 20 à 28 et MDM de 4 à 8.
- Falsification des résultatsConfirmé
Des observateurs de l’UE ont directement constaté des altérations des résultats des bureaux de vote en faveur du parti au pouvoir et l’invalidation délibérée de votes de l’opposition.
Plus de détails
La mission de l’UE a signalé des cas d’altération frauduleuse des résultats du scrutin, d’invalidation délibérée de votes de l’opposition et plusieurs cas de manipulation des résultats au niveau des districts. En analysant 121 des 161 résultats provisoires de district, elle a relevé sept districts où le nombre de suffrages exprimés lors de l’élection législative dépassait de très loin celui de l’élection présidentielle — Chibuto de 15 %, Inhambane City et Maxixe de 21, Kamubukwana de 24, Quelimane de 30, Pebane de 60 et Massinga de 83 —, et où pratiquement tous les suffrages supplémentaires allaient au parti au pouvoir ; dans ces sept districts seulement, FRELIMO semble s’être vu attribuer indûment plus de 150 000 voix supplémentaires. À Manhiça, où les observateurs ont comptabilisé les résultats des bureaux de vote au fur et à mesure de leur lecture à voix haute, Daniel Chapo a été annoncé avec 42 485 voix contre environ 28 000 selon le total des observateurs. Dans quatre districts de Zambézia, il a été demandé aux observateurs de quitter le centre de consolidation le deuxième jour après qu’ils eurent relevé des écarts entre les chiffres des bureaux de vote et les chiffres consolidés.
Sources :1 - Violations de procédureConfirmé
La commission n’a jamais publié de résultats ventilés par bureau de vote, et son explication des écarts a été rejetée comme infondée par le Ministério Público et par le Conseil constitutionnel.
Plus de détails
La commission a publié les résultats via WhatsApp tandis que son propre site internet et sa page Facebook restaient inactifs ; les résultats de district pour 40 des 161 districts n’ont jamais été mis à la disposition de la mission de l’UE ni des acteurs nationaux. Le secrétariat technique a indiqué à la mission de l’UE que la publication par bureau de vote était techniquement possible ; le président de la commission a déclaré qu’aucune loi ne l’exigeait. Interrogée sur les raisons pour lesquelles les chiffres des électeurs différaient entre les trois élections, la commission a invoqué des erreurs sur les formulaires des bureaux de vote ; le Ministério Público a jugé cette réponse incohérente et dépourvue de fondement technique ou juridique, et le Conseil constitutionnel a repris cette position dans son intégralité. Les observateurs de l’UE ont également été empêchés d’assister à la consolidation dans certains districts et provinces ainsi qu’au niveau national.
- Violations de procédureConfirmé
Dix jours après le vote, deux figures de premier plan de la campagne de Venâncio Mondlane ont été abattues dans le centre de Maputo.
Plus de détails
Aux premières heures du 19 octobre 2024, des hommes armés ont bloqué une voiture sur l’Avenida Joaquim Chissano et ont tué les deux passagers à l’avant, l’avocat Elvino Dias et Paulo Guambe ; un troisième passager a été blessé. Le Centro de Integridade Pública décrit Dias comme l’agent électoral (mandatário) de la coalition CAD de Mondlane avant que cette coalition ne soit radiée, et Guambe comme l’agent électoral de PODEMOS ; la mission de l’UE décrit Dias comme le conseiller juridique de Mondlane et Guambe comme le porte-parole de PODEMOS. Dias préparait alors le recours de Mondlane devant le Conseil constitutionnel, qui devait être déposé cette semaine-là. La mission de l’UE a relevé qu’au moment de la publication de son rapport final, les auteurs n’avaient pas été traduits en justice.
- Violations de procédureConfirmé
Les forces de sécurité ont utilisé des munitions réelles contre les manifestants postélectoraux ; les observateurs de la société civile ont compté plus de 300 morts au cours des trois mois qui ont suivi, contre une reconnaissance officielle de 96.
Plus de détails
La mission de l’UE indique que la police a utilisé des munitions réelles et du gaz lacrymogène contre des civils non armés et que les manifestations ont fait plus de 300 morts, en citant Plataforma Decide, organisation de la société civile, pour 314 morts par arme à feu, environ 633 blessés par arme à feu et plus de 4 236 arrestations à la mi-janvier 2025. Amnesty International, s’appuyant sur le même décompte de la ligne téléphonique de cette plateforme ainsi que sur 28 entretiens et plus de 100 vidéos et photographies vérifiées, fait état d’environ 315 morts et de plus de 3 000 blessés entre le 21 octobre 2024 et le 16 janvier 2025, contre la reconnaissance par le commandant de police Bernardino Rafael de 96 décès, dont 17 agents, au 23 janvier 2025. Le suivi démocratique d’International IDEA recense plus de 350 morts à la fin de février 2025 sans indiquer qui a compilé ce chiffre. Tout décompte supérieur à 96 est un relevé de la société civile recueilli par lignes téléphoniques d’assistance et vérification vidéo, et non un bilan officiel des décès.
- Opérations d’informationConfirmé
Des comptes de réseaux sociaux inauthentiques ont été actifs pendant la campagne, de manière écrasante d’un seul côté, et l’internet mobile a été perturbé à l’échelle nationale le lendemain des résultats provisoires.
Plus de détails
L’unité réseaux sociaux de la mission de l’UE a identifié 51 comptes Facebook inauthentiques et 23 comptes Instagram inauthentiques, dont 68 soutenaient Daniel Chapo. Le 25 octobre, au lendemain de la diffusion sur Facebook par Mondlane d’une intervention en réponse à l’annonce de la commission, qui a atteint un record national de 115 000 vues, les services d’internet mobile des trois opérateurs ont subi une coupure nationale de données, que la mission de l’UE a qualifiée de limitation par le gouvernement des droits à l’information et à l’expression. L’analyse de la connectivité réalisée par Amnesty International, à partir d’IODA, de Cloudflare Radar et d’OONI, a constaté que l’accès à Facebook, Instagram et WhatsApp avait été bloqué ou réduit pendant les périodes de pic des manifestations en octobre et novembre 2024.
Ce qui n’est pas établi
- Falsification des résultatsDémenti
Le décompte parallèle présenté par PODEMOS comme preuve que Venâncio Mondlane avait obtenu environ 53 % était arithmétiquement impossible au regard de ses propres chiffres.
Plus de détails
PODEMOS a soumis un décompte parallèle couvrant, selon ses propres dires, 59,95 % du total des voix, donnant à Mondlane 4 419 040 voix, soit 53,38 %. Le Conseil a relevé que le total de 8 244 403 suffrages valides figurant dans cette soumission dépassait déjà de 1 282 478 le total national complet de suffrages valides de la commission, soit 6 961 925, et dépassait de 1 006 376 les 7 238 027 personnes enregistrées comme ayant voté ; ramené à une couverture de 100 %, il aurait impliqué davantage de voix qu’il n’y avait d’électeurs inscrits. En recompilant les procès-verbaux fournis par PODEMOS lui-même, le Conseil a obtenu 2 229 609 suffrages valides, avec Chapo à 57,79 % et Mondlane à 31,67 %, et a rejeté la demande. Ce que cela réfute, c’est le décompte parallèle tel que soumis ; cela n’établit pas ce qu’aurait montré un décompte national exact, et aucun recomptage des bulletins n’a jamais été effectué.
Sources :1 - Falsification des résultatsContesté
La question de savoir si les chiffres corrigés reflètent les suffrages effectivement exprimés demeure contestée, car aucun bulletin n’a été recompté et le Conseil n’a pas publié son raisonnement feuille par feuille.
Plus de détails
Le Conseil a estimé que les copies des procès-verbaux des bureaux de vote détenues par les partis politiques ont la même force juridique que celles fournies par la commission, et que la comparaison des deux séries suffisait à localiser l’origine des écarts, rendant inutile la seconde option, à savoir un recomptage des bulletins. Il n’a pas publié les critères selon lesquels il a accepté une feuille plutôt qu’une autre, ni quelles feuilles individuelles il a acceptées ou rejetées. L’Association du barreau mozambicain a déclaré, dans un communiqué du 13 décembre, que cette comparaison des procès-verbaux ne respectait pas les critères juridiques de validation de la preuve documentaire et était illégale, et a recommandé soit un recomptage, soit l’annulation de l’élection. La mission de l’UE a estimé que le Conseil avait modifié le résultat de la commission sans fournir de base juridique solide et a recommandé que les validations futures indiquent les critères utilisés. Deux consortiums nationaux d’observateurs, Mais Integridade et Decide, ont refusé de remettre leurs propres copies des procès-verbaux au Conseil, lui indiquant en décembre que les documents qu’ils détenaient n’aideraient pas à établir la vérité électorale et serviraient à légitimer la fraude.
- Violations de procédureContesté
Les missions internationales sont parvenues à des évaluations globales nettement différentes, ayant observé des phases différentes du processus.
Plus de détails
Le 11 octobre, la mission de la SADC a conclu que les phases préélectorale et de vote avaient été organisées de manière professionnelle et conduites dans une atmosphère ordonnée, pacifique et libre, et la mission de l’Union africaine a estimé que le processus s’était déroulé conformément au droit électoral et aux droits et libertés fondamentaux. Ces deux déclarations étaient préliminaires, publiées deux jours après le scrutin et avant l’achèvement de la consolidation. La mission de l’UE, qui a observé jusqu’à la phase de consolidation et jusqu’en novembre, a estimé que le dépouillement et la consolidation étaient marqués par des anomalies, de graves lacunes et un manque aigu de transparence.
- Falsification des résultatsAllégué
Le bourrage d’urnes a été signalé comme une possibilité dans des bureaux de vote isolés, mais n’a jamais été établi comme une pratique systématique.
Plus de détails
Pendant le vote, les observateurs de l’UE ont relevé quatre cas d’électeurs recevant plus d’un bulletin par élection, 30 urnes mal scellées et cinq des 182 bureaux où les numéros de scellés ne correspondaient pas au registre du bureau de vote, décrivant ces pratiques comme suggérant un possible bourrage avant ou pendant leur présence. Lors du dépouillement, ils ont constaté que, dans 16 des 51 bureaux où les bulletins dans l’urne ont été comparés aux électeurs pointés sur la liste électorale, le nombre de bulletins dépassait le nombre d’électeurs pour chacune des trois élections, et ils ont vu des piles de bulletins pliés dans dix dépouillements ; la mission a qualifié ces deux indices de possible bourrage. Un amendement tardif introduisant des urnes à fente plus étroite, proposé par l’opposition pour mettre fin à cette pratique, n’a pas été appliqué à cette élection. Ni le Conseil constitutionnel ni aucune mission d’observation n’ont quantifié le bourrage ni l’ont identifié comme le mécanisme à l’origine des chiffres nationaux.
- Violations de procédureAllégué
La responsabilité du meurtre d’Elvino Dias et de Paulo Guambe n’a pas été établie.
Plus de détails
Les deux hommes ont été abattus par des hommes armés non identifiés. Beaucoup d’interlocuteurs de la mission de l’UE estimaient que ces meurtres visaient à faire taire et à affaiblir Mondlane et PODEMOS avant les résultats provisoires et à perturber leur recours judiciaire, mais aucun auteur n’avait été identifié ni poursuivi au moment où la mission a publié son rapport final en janvier 2025, et aucune des sources citées ici ne fait état depuis d’une poursuite ou d’un suspect nommé.
- Anomalies statistiquesContesté
La croissance exceptionnellement forte du registre électoral n’a pas été démontrée comme frauduleuse ni comme bénigne.
Plus de détails
Au total, 17 169 239 citoyens étaient inscrits, dont 333 839 dans la diaspora, soit une hausse de 30 % par rapport à 2019, dans une période où l’Institut national de statistique projetait une croissance de la population adulte de 17 %. L’inscription dans le pays a atteint 103,81 % de la population éligible projetée, allant de 86,21 % au Niassa à 150,01 % à Gaza ; les commissions provinciales ont signalé des taux de 174, 204 et 215 % dans les districts de Chokwe, Ibo et Moatize, et la commission elle-même a évalué l’excédent national à environ 650 000 inscrits au-delà de ce que les projections permettraient si chaque citoyen éligible s’était inscrit. L’administration électorale a attribué ce chiffre élevé à un accès facilité à l’inscription et à la nouvelle carte d’électeur en plastique, tout en reconnaissant qu’une étude plus approfondie était nécessaire ; la mission de l’UE a noté que le registre et les projections du recensement sont établis selon des méthodes différentes, que la commission n’a publié aucun taux au niveau des districts pour aucun des 161 districts, et qu’aucun audit du registre n’a été réalisé. L’écart n’a donc jamais été résolu dans un sens ou dans l’autre.
Sources :1
Évaluation du processus
Les appréciations de cette élection divergent selon la durée de présence de l’observateur. Les missions de la SADC et de l’Union africaine, dans leurs rapports deux jours après le scrutin, ont décrit un vote pacifique et ordonné, conduit conformément à la loi. La mission de l’UE, qui a observé jusqu’à la consolidation, a jugé la journée électorale généralement paisible mais le dépouillement et la consolidation marqués par des anomalies, de graves lacunes et un manque aigu de transparence, et a conclu que la commission avait manqué à superviser le processus, à faire respecter le cadre juridique ou à garantir l’intégrité du scrutin. Le Conseil constitutionnel lui-même a estimé que la consolidation générale de la commission était entachée d’irrégularités et l’a partiellement annulée, tout en jugeant que les irrégularités n’avaient pas influencé de manière substantielle le résultat. Le Ministério Público, la mission de l’UE et la mission de la SADC ont tous appelé à restructurer la commission, dont les 17 membres comprennent cinq désignés par FRELIMO, quatre par RENAMO et un par MDM, aux côtés de sept nommés par la société civile, afin d’en faire un organe professionnel et non partisan.